C’est l’alerte faite par la sage-femme Ndèye Sokhna Ndaikh : les violences basées sur le genre (VBG), qu’elles soient physiques, verbales ou psychologiques, mettent en péril la vie de la femme enceinte et celle de l’enfant que cette dernière porte. En effet, les VBG augmentent les risques de fausses couches, de prématurité et de mort-in utero liés à la surcharge de travail et aux violences. Face à ce danger, Ndèye Sokhna Ndaikh appelle la société à prendre pleinement conscience de la « responsabilité immense » que représente le fait de porter une grossesse. Entretien.
De nos jours, on constate une hausse alarmante des fausses couches et des accouchements prématurés. Quelles en sont les principales causes médicales sous-jacentes ?
Il est en effet remarquable de constater le nombre élevé d’avortements involontaires et de fausses couches. De nos jours, de nombreuses grossesses s’arrêtent prématurément, conduisant à des accouchements dès 7 mois, avec des nourrissons prématurés ou, dans les cas les plus tragiques, des mort-nés.
Les causes de ces complications sont multiples. Certaines femmes présentent des malformations utérines congénitales ; nous les suivons de très près dès le premier trimestre et les orientons vers un gynécologue pour la réalisation d’un cerclage du col de l’utérus, retiré une fois le terme atteint afin de permettre un accouchement sécurisé. Un autre cas courant concerne les femmes plus âgées ayant eu de nombreuses grossesses : leur utérus est affaibli et fatigué. Enfin, il y a le cas des grossesses trop rapprochées, pour lesquelles nous recommandons systématiquement l’utilisation de méthodes contraceptives afin de laisser au corps le temps de se régénérer.
Quels sont les signes d’alerte chez la femme enceinte et quelle est la première recommandation médicale face à ces symptômes ?
Dans toutes ces situations médicales, on observe fréquemment une ouverture précoce du col de l’utérus (béance collicique ou menace d’accouchement prématuré), accompagnée de douleurs pelviennes ou de saignements dès les premiers mois de gestation.
Face à ces symptômes d’alerte, la première prescription médicale repose sur l’alitement strict, l’arrêt des efforts physiques et un repos complet. Pour la majorité de ces patientes, le repos physique absolu suffit à lui seul à stabiliser la grossesse, à résorber les saignements et à prévenir l’interruption involontaire de la grossesse.

Pourquoi le repos prescrit est-il si difficile à observer, et comment la pression familiale devient-elle une forme de violence pour ces femmes ?
Notre principal obstacle en tant que soignants réside dans le fait que ces patientes reviennent fréquemment en consultation avec un col encore plus ouvert. Lorsqu’on les interroge, elles nous confient n’avoir pas pu respecter la consigne de repos par crainte des préjugés et du jugement social. Elles subissent une pression intense de leur belle-famille ou de leur époux, qui les traitent de « faignantes » ou leur répètent le prétexte culpabilisant selon lequel « être enceinte ne veut pas dire être malade ».
Face à cette forme de violence psychologique et morale qui met directement en danger la santé de la mère et du fœtus, nous sommes parfois contraints de convoquer les époux lors des consultations afin de leur expliquer scientifiquement l’impératif médical du repos et les risques mortels qu’encourt le bébé en cas de surmenage.
Quel est l’impact direct des violences basées sur le genre (physiques, verbales ou conjugales) sur le déroulement de la grossesse ?
L’impact est dévastateur. Les rapports sexuels douloureux ou imposés, les tensions intrafamiliales, le port de charges lourdes (seaux d’eau, bassines, travaux ménagers exténuants), ainsi que toutes les formes de violences physiques ou verbales constituent un danger mortel pour la femme enceinte.
Les violences verbales et la pression psychologique entraînent un stress chronique qui libère des hormones, notamment le cortisol et l’adrénaline, capables de provoquer des contractions utérines précoces. Quant aux violences physiques et au travail forcé, ils augmentent la pression intra-abdominale, favorisent le décollement du placenta et accélèrent l’ouverture du col. Refuser le repos à une femme enceinte dont le col s’ouvre, constitue une forme manifeste de violence basée sur le genre qui met directement en péril deux vies humaines.
Quel message souhaitez-vous adresser aux familles, aux époux et à toute la société ?
Mon message à la société, aux conjoints et aux belles-familles est un appel urgent à la prise de conscience et à l’empathie. Porter la vie est une responsabilité immense, et la santé d’une femme enceinte ne doit jamais être sacrifiée sur l’autel des traditions ou des exigences ménagères. Protéger une femme enceinte n’est pas un privilège ni de la paresse : c’est un devoir médical et humain. J’exhorte les époux à devenir les premiers boucliers de leurs épouses face à la pression sociale et à comprendre que la bienveillance, le soutien émotionnel et le respect du repos prescrit ne sont pas des options, mais des conditions vitales pour offrir la vie sans risquer de la perdre.
DIALIKA
