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Violences basées sur le genre : le récit poignant de Farah Abderrahmane

• Publié le 2 août 2026

En Mauritanie, les violences faites aux femmes et aux filles restent une réalité alarmante. Selon le rapport de 2025 de l’Association des femmes cheffes de famille (AFCF), 941 femmes ont été victimes de viol en 2025, dont 368 mineures. Derrière ces chiffres se cachent des traumatismes, des vies bouleversées, et des femmes qui continuent de se battre pour être entendues et protégées afin d’obtenir justice. Récit bouleversant de Farah Abderrahmane, victime de ce fléau qui inflige l’enfer à nombre de femmes mauritaniennes.

L’histoire de Farah Abderrahmane est à la fois poignante et édifiante du phénomène des violences faites aux femmes et filles. Âgée de 25 ans, cette jeune femme vit dans le quartier de Sixième, à Nouakchott. Étudiante en droit, athlète et engagée dans la société civile, Farah est devenue le visage d’un combat que mènent de nombreuses femmes mauritaniennes : celui de vivre en sécurité et d’être protégées.

Tout commence en 2019. Alors qu’elle se trouvait chez elle, en pleine nuit, Farah soutient avoir été victime d’une tentative de viol et de menaces de mort. Son neveu était également présent dans la maison. Elle porte alors plainte auprès de la police, espérant obtenir protection et justice. Mais, selon son récit, sa plainte n’est pas prise au sérieux. Elle raconte même qu’un policier lui aurait répondu avec ironie, en lui remettant simplement le récépissé de sa plainte.

Malgré le traumatisme, les nuits sans sommeil et la peur qui s’installe, Farah a tenté de reprendre une vie normale. Autour d’elle, beaucoup lui disent de ne plus avoir peur, que l’agresseur ne reviendra pas.

Mais en juillet 2021, ce qu’elle redoutait se produit. L’homme revient, au même endroit, au milieu de la nuit. Cette fois, l’agression est encore plus violente. Refusant de céder, Farah est grièvement blessée au visage. Son père, réveillé par le bruit, intervient pour la défendre et se retrouve blessé, lui aussi, à la main lors de l’altercation. Aujourd’hui encore, Farah porte les séquelles physiques de cette agression.

Après cet épisode douloureux, elle saisit les autorités compétentes. Mais leur réaction a été, une nouvelle fois, source de douleur. Selon la victime, un policier aurait affirmé que son père aurait dû monter la garde toute la nuit, armé, pour protéger sa famille.

Les années passent, mais le sentiment d’insécurité demeure.

Puis survient un nouvel épisode. Toujours en 2021, un homme menace de tuer l’un de ses proches. Le jour même, cette menace est mise à exécution. Le mis en cause est arrêté et inculpé. Lors de son procès, Farah affirme que l’accusé a déclaré devant le juge suivre régulièrement ses publications Facebook depuis la prison et l’a directement menacée si elle continuait à s’exprimer sur cette affaire. L’homme est condamné à la peine de mort par « qisas », avant d’être finalement libéré à la suite d’un accord de pardon conclu entre les familles concernées.

Après sa libération, Farah soutient que les menaces ont repris. Selon elle, l’homme chercherait à connaître ses déplacements, interrogerait ses proches à son sujet et serait même en possession d’une arme.

Craignant pour sa vie, elle dépose une nouvelle plainte. L’homme est interpellé, mais relâché quelques jours plus tard, le parquet estimant que les preuves sont insuffisantes, notamment en raison de la peur des témoins de se confier.

Aujourd’hui, Farah vit dans une peur permanente, ne se sent pas en sécurité, ni chez elle, ni ailleurs. Elle appelle les autorités judiciaires et sécuritaires à garantir sa protection ainsi que celle de sa famille, estimant que les antécédents de violences et les menaces répétées devraient suffire à déclencher des mesures de protection avant qu’il ne soit trop tard.

Au-delà de son cas personnel, elle exprime un souhait profond : voir la Mauritanie se doter d’une loi spécifique qui protège efficacement les femmes et les filles contre toutes les formes de violences, afin qu’aucune autre victime n’ait à vivre dans la peur ou à attendre qu’un drame se produise pour être protégée.

Djiefoulbe Bâ