Aujourd’hui, une figure de la scène artistique mauritanienne prend la parole pour aborder la question du genre, de la parole et de la déconstruction des violences. Oumeyma (Oumoukelthoum Guèye à l’état civil) est artiste slameuse engagée et membre de l’association Culture et Arts du Spectacle Oratoire (CASO). Elle utilise la poésie parlée pour donner une voix à celles que l’on tente de faire taire. Oumeyma s’appuie sur la force des mots pour libérer les âmes. Entretien
Pourquoi le slam est-il, pour vous, une arme particulièrement puissante pour aborder le sujet, encore tabou, des violences faites aux femmes en Mauritanie ?
Le slam est un art oratoire qui nous permet notamment de dénoncer et parler des violences faites aux femmes en Mauritanie en brisant les tabous, car il appelle au dialogue. Par les mots, il nous permet de dire tout haut ce qu’on tait, tout en soulageant les victimes de leur douleur. À travers le slam, elles trouvent des porteurs de leur voix étouffée.
Dans vos textes, comment choisissez-vous de raconter ces violences sans pour autant réduire les femmes à un statut de victimes ?
Dans mes textes, je relate le contexte dans lequel vivent les victimes et survivantes, tout en intégrant des mots pour les soulager et leur donner de la force. Je leur rappelle les personnes qu’elles ont toujours été afin de leur faire comprendre que rien ni personne ne doit les empêcher d’être heureuses, et de reprendre leur vie en main. Elles ont du potentiel, des compétences acquises et/ou à acquérir, des valeurs sûres pour réussir dans leur vie professionnelle et personnelle, contribuer au développement de la société et porter le combat afin qu’ensemble toutes ces atrocités puissent, un jour, cesser.

Quelles sont les réactions du public mauritanien lorsque vous abordez ces sujets sur scène ?
Les réactions sont la plupart du temps positives. Cependant, pour moi, elles restent éphémères tant que le taux des violences faites aux femmes en Mauritanie (et en Afrique) ne baissera pas. Aujourd’hui, mon public n’est pas seulement mauritanien, car j’ai eu à monter sur scène dans d’autres pays africains tels que le Sénégal, le Niger, la Guinée et le Burkina Faso
Avez-vous déjà reçu des témoignages de femmes pour qui vos mots ont servi de déclic ?
J’ai déjà reçu des témoignages larmoyants de femmes victimes de violences, qu’elles soient verbales ou physiques. Malgré mon empathie et ma compassion, j’essaie toujours de contrôler mes émotions, non pas pour ne pas pleurer avec elles, mais plutôt pour leur donner de la force mentale et les aider à essuyer leurs larmes. Ces témoignages, qui restent anonymes et confidentiels, nourrissent mes textes pour soigner d’autres femmes et leur faire comprendre qu’elles ne sont pas seules.
Un extrait de slam ?
« Le silence a trop pesé et ma voix difficile à élever, mais aujourd’hui je la dompte à détonner. Les chaînes se sont brisées et ma voix, j’ai arrêté de la peser parce qu’on m’a fait savoir que j’avais le droit de m’exprimer, extirper les mots au fin fond de mes entrailles… »
