ENTRETIEN AVEC OUMAR CISSÉ, EXPERT EN TÉLÉTRAVAIL
« Ma productivité ne se mesure pas en volume horaire, mais en qualité d’exécution… »
Habitué du travail à distance, Oumar Cissé a collaboré, durant plusieurs années, avec des organisations et institutions internationales. Dans cet entretien, M. Cissé partage son expérience du télétravail, et évoque les avantages et défis de cette pratique.
Le télétravail est-il, pour vous, un choix délibéré ou une contrainte, imposée par votre entreprise ou votre situation géographique ?
C’est un mélange des deux. Au départ, le télétravail était une contrainte géographique liée à mes recherches entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique de l’Est (Rwanda), ainsi qu’à mes nombreux déplacements pour des conférences. Avec le temps, c’est devenu un choix stratégique ; cette flexibilité me permet de gérer simultanément plusieurs projets, de rester connecté à mes terrains d’étude, de concilier efficacement mes recherches et mes obligations professionnelles.
Comment parvenez-vous à maintenir une ambiance de travail efficace malgré les distractions domestiques ?
C’est un défi qui demande beaucoup de rigueur. Pour ne pas me laisser distraire par l’entourage, j’ai créé un cadre de travail spécifique chez moi. En m’imposant des horaires réguliers et en m’installant dans un espace de télétravail dédié, j’arrive à préserver mon équilibre. Je m’efforce de commencer chaque journée avec le même sérieux que si je me déplaçais en entreprise, ce qui m’évite de perdre ma concentration.
Comment évaluez-vous votre productivité à domicile par rapport à celle en bureau physique ? Travaillez-vous plus, moins, ou différemment ? »
Ma productivité ne se mesure pas en volume horaire, mais en qualité d’exécution selon l’environnement. Le télétravail favorise mon “travail profond” (Deep Work), et l’absence d’interruptions me permet d’être bien plus performant sur l’analyse de données et la rédaction. À l’inverse, je trouve que le bureau physique facilite la spontanéité des échanges collectifs. Bien que les outils collaboratifs réduisent la distance, le contact humain reste un catalyseur de réactivité pour certains projets d’équipe.
Quelles sont les principales difficultés techniques (stabilité du réseau, accès aux serveurs, matériel) qui freinent votre activité au quotidien ?
Les aléas techniques, notamment l’instabilité du réseau, sont une réalité universelle, que l’on se trouve en Afrique ou aux États-Unis. J’en ai fait l’expérience récemment lors d’un séjour en Guinée où, faute d’infrastructures optimales, l’accès au Wi-Fi était parfois précaire.
Pour pallier ces contraintes, j’adopte une approche proactive. En effet, j’anticipe systématiquement mes besoins en téléchargeant les fichiers volumineux à l’avance, et je privilégie des outils permettant le travail hors ligne. Cette organisation me permet de maintenir ma productivité, quelles que soient les conditions locales.
Comment gérez-vous la présence de vos proches durant vos heures de travail ?
La présence de mes proches durant mes heures de service représente l’un de mes plus grands défis. En situation de télétravail, il est primordial de communiquer clairement ses horaires ainsi que ses plages de disponibilité.
Bien qu’il soit essentiel de fixer des limites avec respect, il faut également savoir faire preuve de flexibilité. Travailler à domicile implique une adaptation constante pour trouver un équilibre, certes parfois imparfait, entre les impératifs professionnels et la vie personnelle. Cela est d’autant plus vrai au sein d’une famille nombreuse, où il est nécessaire d’expliquer la nature de son activité pour éviter les interruptions.
Dialika
