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« L’AGRICULTURE REPRÉSENTERA L’UN DES PLUS GRANDS GISEMENTS D’EMPLOIS POUR LA JEUNESSE DANS LES ANNÉES À VENIR »

• Publié le 12 juin 2026

Spécialisée dans la production maraîchère, du riz, et l’élevage, l’entreprise Mauritania Agriculture intervient également dans la formation et l’accompagnement des agriculteurs. Dans cet entretien, l’entrepreneur Babacar Cheikh Yacoub Babou, logisticien de formation et fondateur de cette société, revient notamment sur la situation de l’agriculture en Mauritanie et les avantages liés à l’intégration et l’utilisation des outils numériques comme levier puissant pour moderniser l’agriculture.

Pouvez-vous nous présenter Mauritania Agriculture ?

Mauritania Agriculture est une entreprise lancée en 2022 après la Covid‑19. Elle est spécialisée dans la production maraîchère, les rizières et l’élevage, avec l’ambition de moderniser l’agriculture mauritanienne. Nous accompagnons les agriculteurs et les jeunes entrepreneurs afin de mieux comprendre et adopter l’agriculture biologique. Mon parcours s’est construit autour de l’entrepreneuriat agricole, de l’accompagnement des producteurs et de l’innovation rurale. Aujourd’hui, mon métier d’entrepreneur agronome consiste à connecter l’agronomie, la technologie et les réalités du terrain.

 Concrètement, j’accompagne les agriculteurs dans l’amélioration des rendements, l’adaptation climatique, l’intégration du numérique agricole, la transition vers une agriculture durable et rentable. Je ne suis pas seulement producteur, mais surtout un facilitateur de transformation agricole.

Récolte de produits…

Depuis quand avez-vous fait le choix de lier l’agronomie à l’écologie, et quelle a été la motivation principale derrière cette approche durable ?

Dès mes premières expériences sur le terrain, j’ai compris que produire plus sans préserver les sols était une erreur stratégique. Dans les zones sahéliennes, le sol, l’eau et le climat sont fragiles. L’agroécologie n’est donc pas une mode, mais une nécessité pour la survie agricole. La motivation principale est simple : permettre aux agriculteurs d’augmenter leurs revenus sans dégrader les ressources naturelles dont dépend leur avenir.

Quelles sont les techniques agroécologiques que vous privilégiez et dans quelles zones géographiques concentrez-vous vos activités actuellement ?

Nous privilégions plusieurs pratiques agroécologiques comme le compostage et la fertilisation organique, la gestion intelligente de l’eau (irrigation goutte‑à‑goutte), les cultures associées pour protéger les sols, l’utilisation de variétés adaptées au climat sahélien, la réduction des intrants chimiques… Nos activités se concentrent actuellement en Mauritanie, notamment dans les zones périurbaines maraîchères (…).

Le numérique est souvent perçu comme une charge financière. Pour un maraîcher de Keur Macène, en quoi l’usage des outils digitaux constitue-t-il un investissement rentable sur le long terme ?

Pour un maraîcher de Keur Macène ou de Nouakchott, le numérique peut sembler coûteux au départ. Pourtant, il s’agit d’un investissement stratégique. Les outils digitaux permettent d’économiser l’eau jusqu’à 30–40 %, de réduire les pertes de production, d’anticiper les maladies des cultures, d’optimiser les périodes de semis et de récolte. À long terme, cela signifie moins de dépenses, plus de rendement et davantage de stabilité financière.

Concrètement, comment vos capteurs de données vous permettent-ils d’anticiper et de gérer les chocs climatiques, tels que les vagues de chaleur ou les vents secs ?

Les capteurs collectent des données en temps réel : l’humidité du sol, la température, la vitesse du vent, l’évapotranspiration…Grâce à ces informations, l’agriculteur peut irriguer avant un stress hydrique, protéger les cultures avant une vague de chaleur et adapter les traitements agricoles selon les conditions météo. On passe ainsi d’une agriculture réactive à une agriculture préventive.

Pensez-vous que la “smart agriculture” (agriculture intelligente) est le levier nécessaire pour réconcilier les jeunes, notamment en Mauritanie, avec les métiers de la terre ?

Absolument. Beaucoup de jeunes ne rejettent pas la terre, mais la pénibilité et l’incertitude agricole. La Smart Agriculture transforme l’image du secteur :

• agriculture + technologie,

• agriculture + entrepreneuriat,

• agriculture + innovation.

En Mauritanie, elle représente l’un des plus grands gisements d’emplois pour la jeunesse dans les années à venir.

D’après votre expérience, quels sont les principaux freins (techniques, culturels ou financiers) au déploiement du numérique au sein d’une exploitation agricole ?

Trois obstacles majeurs existent :

– Technique : manque de formation et d’accompagnement.

– Culturel : perception que la technologie est réservée aux grandes exploitations.

– Financier : difficulté d’accès au financement initial.

La solution n’est pas seulement technologique. Elle est humaine : former, démontrer par l’exemple et créer des modèles agricoles rentables localement.