Selon le Fonds des Nations-unies pour la population (UNFPA en anglais), en Mauritanie, près des deux tiers des femmes âgées de 15 à 49 ans, soit environ 64 %, et 45 % des filles de 0 à 14 ans sont excisées. À l’échelle mondiale, c’est plus de 230 millions de filles et de femmes qui sont touchées. Les chiffres sont alarmants, mais la pratique demeure. Hélas !
L’excision ou mutilation génitale féminine (MGF) désigne l’ablation partielle ou totale des organes génitaux féminins pour des raisons essentiellement culturelles ou sociales. Elle concerne généralement les filles dès leur jeune âge et touche directement leur santé, leur intégrité physique et leurs droits fondamentaux.
En Mauritanie, bien que la législation interdise les mutilations génitales féminines sur les mineures, la pratique demeure. La lutte pour son éradication reste une urgence humanitaire. Les enquêtes de terrain menées par les partenaires au développement et les organisations de la société civile font état de plusieurs formes d’excision, les unes présentées comme légères, tandis que d’autres sont plus invasives. Ces interventions vont de l’ablation partielle ou totale de certaines parties des organes génitaux féminins à d’autres interventions traditionnelles pratiquées pour des raisons culturelles ou sociales. Cependant, malgré ces différences, toutes ces interventions entrainent des conséquences physiques, psychologiques ou sociales considérables pour les victimes. C’est une pratique cruelle et déshumanisante.
Atteinte à l’intégrité physique…
Selon les chiffres de l’enquête nationale de 2019-2020 partagée par l’UNFA, la pratique a diminué de 64 % dans la tranche d’âge des 15-49 ans, et de 44 % chez les jeunes filles de moins de 14 ans. Cependant, poursuit l’organisation onusienne chargée des questions de santé sexuelle et reproductive, la prévalence de l’excision reste préoccupante dans certaines zones rurales et reculées du pays, où des coutumes tenaces continuent d’entraver le respect des droits des femmes.
Les enquêtes révèlent également que ces pratiques sont généralement réalisées dans le cadre familial ou communautaire. Elles sont souvent effectuées par des exciseuses traditionnelles disposant d’une reconnaissance sociale dans leur milieu. Quelque part également, l’on observe une médicalisation de la pratique. Mais, même lorsqu’elle est réalisée dans le cadre médical, l’excision ne supprime guère les risques à long terme ; elle demeure une atteinte à l’intégrité physique de la fille.
En outre, les résultats des enquêtes de terrain montrent également que les communautés ne perçoivent pas toujours les risques de la même manière.
Lors des témoignages recueillis auprès des femmes ou rapportés par les pionnières de lutte contre l’excision, les victimes évoquent des douleurs physiques, des complications sanitaires, des traumatismes psychologiques. Des conséquences qui peuvent les poursuivre toute la vie. Plusieurs femmes feraient également état du sentiment de ne pas avoir eu le choix concernant cette décision, au moment de la pratique. Beaucoup d’entre elles considèrent aujourd’hui qu’elles auraient souhaité être mieux informées des conséquences et que leurs filles soient protégées contre ces risques.
Synergie des forces et des actions
Face à cette « briseuse de vie », il est important de poursuivre et renforcer les efforts d’information et de sensibilisation. Aussi, les experts préconisent-ils d’adopter une approche fondée sur l’égalité du genre, l’autonomisation des femmes et des filles, ainsi que sur la production de données fiables permettant de mieux comprendre l’évolution du phénomène.
De plus, comme le souligne la Stratégie nationale d’institutionnalisation du genre, les politiques publiques doivent être construites à partir d’indicateurs sensibles au genre afin de répondre efficacement aux inégalités persistantes. La lutte contre l’excision ne consiste pas seulement à protéger la santé des filles. Elle vise également à garantir leurs droits, leur dignité, leur intégrité physique et leur pleine participation au développement de notre société.
Cela suggère une synergie des forces entre autorités publiques, leaders religieux et coutumiers, organisations de la société civile, professionnels de santé, médias et les familles pour poursuivre le dialogue, renforcer la sensibilisation et intensifier les actions de prévention.
L’objectif est clair : construire une Mauritanie où chaque fille pourra grandir dans la sécurité, la dignité et le respect de ses droits fondamentaux. D’autant plus qu’aucune prescription religieuse n’impose l’excision. Elle persiste dans certaines communautés, souvent sous l’influence de croyances erronées, la présentant comme une exigence religieuse. Ce qui est totalement faux, nous ont fait savoir plusieurs leaders religieux.
Zoulekha
