C’est une pratique qui gagne de plus en plus du terrain dans l’espace scolaire mauritanien, et qui tend à devenir systématique : les professeurs dispensent des cours dans une langue différente de celle utilisée lors des examens. Une situation qui pénalise pas mal d’apprenants qui n’ont que deux choix : s’accrocher ou décrocher.
« Pendant toute l’année, les cours de mathématiques étaient dispensés en hassanya, alors que les examens étaient en français ». C’était en 2020. Alors qu’elle préparait le baccalauréat, Rahma a suivi ses cours de mathématiques en hassanya, une des langues nationales du pays. Mais les examens, eux, se sont déroulés en français. Cette situation n’a pas constitué un obstacle majeur chez Rahma. Sa maîtrise du hassanya lui a permis de comprendre les explications de son professeur et de s’habituer progressivement à cette méthode d’enseignement.
Si Rahma a réussi, non sans efforts, à s’adapter, tous les étudiants ne parviennent pas à surmonter ce décalage entre la langue d’explication et celle des évaluations.
Des difficultés qui ont conduit à l’abandon
Binta Thiam, étudiante, a vécu une expérience tout à fait contraire. Elle a rencontré d’énormes difficultés linguistiques qui ont lourdement pesé sur la poursuite de ses études. Dans son établissement, explique-t-elle, la plupart des cours étaient dispensés en hassanya, à l’exception d’une matière, la macroéconomie, enseignée en français.
Face à cette situation, elle dit avoir saisi la direction pour réclamer un changement. Une promesse de résolution lui aurait alors été faite. Mais deux mois plus tard, constatant que rien n’a changé, elle a décidé d’arrêter ses études. D’abandonner. « J’ai retiré mon attestation d’inscription et je l’ai toujours, depuis 2021 », témoigne-t-elle.
Son parcours soulève la question de l’accompagnement des étudiants confrontés à des difficultés de compréhension. Pour elle, le problème ne se limitait pas à l’apprentissage d’une langue : il concernait aussi les conditions dans lesquelles les cours étaient dispensés et la possibilité de poursuivre sa formation dans un cadre adapté.
Binta rappelle également que, du primaire au lycée, les enseignements qu’elle a suivis étaient expliqués en français ou en arabe, selon la matière. Le passage à un autre mode d’explication dans l’enseignement supérieur a donc représenté une difficulté supplémentaire.
Respecter les orientations pédagogiques
Interrogée sur la question de la langue d’enseignement, la directrice Coumbis Soumbono estime que les enseignants doivent respecter les orientations pédagogiques prévues pour chaque matière, tout en tenant compte du niveau des élèves.
« En principe, l’enseignant doit respecter la langue prévue dans le programme scolaire pour enseigner sa matière. Cependant, il peut arriver que certains enseignants utilisent une autre langue pour faciliter les explications. Le problème se pose lorsque cette pratique devient systématique et que les élèves ne comprennent ni la langue utilisée ni les notions enseignées. »
Elle souligne également les conséquences possibles sur les apprentissages et le parcours scolaire des élèves. « Lorsqu’un élève ne maîtrise pas la langue dans laquelle le cours est dispensé, il peut avoir des difficultés à comprendre les explications, à participer en classe et à assimiler les leçons. Certains élèves finissent par prendre du retard, perdre confiance en eux et rencontrer des difficultés lors des évaluations. À long terme, cela peut entraîner le découragement et, dans certains cas, contribuer à l’abandon scolaire. » D’après la directrice, l’accompagnement des élèves en difficulté et le renforcement des méthodes pédagogiques constituent des pistes importantes pour prévenir ces situations.
Au-delà de la langue, un enjeu de réussite scolaire
Les expériences de Rahma et de Binta Thiam montrent que les conséquences d’un décalage linguistique varient selon les capacités d’adaptation et les conditions d’apprentissage de chaque étudiant. Si certaines parviennent à s’adapter, d’autres, sans un accompagnement suffisant, peuvent se retrouver en difficulté.
Cependant, il serait réductrice de penser qu’il s’agit d’un simple choix d’une langue en classe. La question renvoie surtout à l’égalité des chances, à la qualité de l’enseignement et à la responsabilité des établissements dans l’accompagnement des apprenants. Car lorsqu’un étudiant ne parvient plus à comprendre les cours, ce n’est pas seulement son apprentissage qui est menacé, mais parfois l’ensemble de son avenir scolaire.
Toutefois, son expérience met en lumière une difficulté qui peut être plus importante pour les étudiants qui ne disposent pas des mêmes facilités linguistiques.Mamita
