Dans la prévention des violences basées sur le genre, l’autonomisation économique des femmes joue un rôle non négligeable. En effet, les programmes d’autonomisation économique cherchent à renforcer les capacités des femmes à travers la formation, les activités génératrices de revenus et l’accompagnement. En Mauritanie, le projet SWEDD+ accompagne les femmes et les filles afin de renforcer leurs capacités, leurs revenus et leur autonomie. Dans cet entretien, Zeinabou El Hadj Soumaré, responsable au sein de l’unité de gestion du projet SWEDD+ Mauritanie, dans son volet Genre, démontre comment la dépendance économique et l’absence d’alternative économique pour certaines femmes confrontées aux violences peuvent notamment rendre plus difficile la prise de décision face à une situation de violence. Forte de plus de quatre années d’expérience dans la protection et la lutte contre les violences basées sur le genre, notamment au sein de Médecins du Monde, elle met aujourd’hui son expertise au service de l’autonomisation des femmes et des filles.
Présentez-nous le projet SWEDD Plus
Le projet SWEDD+, soutenu par la Banque mondiale et l’UNFPA, vise à renforcer l’autonomisation des femmes et des filles et à favoriser le dividende démographique au Sahel. Il intervient notamment dans l’éducation, la santé, l’emploi et la lutte contre les violences basées sur le genre.
En Mauritanie, le projet cible six wilayas prioritaires : Brakna, Hodh Ech Chargui, Hodh El Gharbi, Assaba, Gorgol et Guidimakha. Sa nouvelle phase prévoit notamment 21 000 bourses d’excellence, 3 300 emplois directs et durables, ainsi que le renforcement de la prévention et de la lutte contre les VBG. 
Quel lien faites-vous entre l’autonomisation économique des femmes et la prévention des violences basées sur le genre ?
Le lien que je fais est que l’autonomisation économique agit comme bouclier préventif et levier d’émancipation face aux violences.
Elle permet avant tout la réduction de la vulnérabilité. En effet, une femme qui génère ses propres revenus dépend moins des ressources d’un conjoint/partenaire ou de sa famille, ce qui réduit le risque de subir des abus liés au contrôle des ressources (violences économiques). L’accès à l’indépendance financière rééquilibre le pouvoir décisionnel au sein du ménage, de la communauté, favorisant le respect mutuel.
Aussi, une autonomie financière solide donne aux femmes la liberté de refuser des situations d’exploitation, des mariages forcés ou des relations abusives, etc.
Tout ceci est dans le cadre général. Quant à la Mauritanie, le statut social et économique des femmes est encore et reste précaire, se traduisant par un indice élevé d’inégalité de genre.
L’indépendance économique et financière est une alternative aux mariages précoces parce que le manque de ressources peut pousser les familles vulnérables et rurales à marier tôt leurs jeunes filles. Lorsqu’une jeune fille ou une maman accède à l’autonomie économique, le besoin financier de recourir au mariage d’enfants diminue drastiquement.
L’autonomisation permet aussi d’avoir un droit sur sa santé reproductive. En effet, une femme mauritanienne financièrement indépendante acquiert un pouvoir décisionnel renforcé au sein du couple, lui permettant de mieux négocier l’accès aux soins de santé et la planification familiale.
Quelles actions le projet SWEDD met-il en place pour renforcer l’autonomie économique des femmes et des filles ?
Les actions que le projet SWEDD+ met en place pour renforcer l’autonomie économique des femmes et des filles sont entre autres la création d’espaces sûrs, de lieux dédiés à la formation des jeunes filles scolarisées ou non sur les compétences de vie, à l’alphabétisation, à la santé sexuelle, au maintien des filles à l’école. Il y a aussi la distribution des kits scolaires et kits de dignité (kits hygiéniques), l’engagement communautaire et la masculinité positive qui consiste en la sensibilisation des hommes mariés et des garçons dans les espaces sûrs pour hommes pour transformer les normes sociales patriarcales et protéger les droits des femmes.

Par ailleurs, le 28 juillet, SWEDD + a lancé une nouvelle phase sous l’égide de la première dame, marraine du projet. Les actions prévues sont le maintien des filles dans l’enseignement secondaire, la distribution des bourses d’études, des kits scolaires et l’amélioration des transports, des espaces sûrs et clubs de futurs maris et des espaces de mentorat communautaire pour éduquer les adolescentes sur leurs droits, tandis que des réseaux masculins sont sensibilisés pour abandonner les violences. En outre, le financement de micro-activités génératrices de revenus permet la dotation d’outils et de formations sur des modules financiers à l’intention des coopératives de femmes rurales vulnérables pour initier des petits commerces ou projets agricoles, etc.
Dans quelle mesure la dépendance économique peut-elle empêcher une femme de se protéger ou de quitter une situation de violence ?
La dépendance matérielle ou économique agit comme une prison invisible qui paralyse les victimes de violences. D’abord, par la peur de la précarité absolue car sans ressources propres, une femme craint de ne pas pouvoir se loger, se nourrir, ou subvenir aux besoins essentiels de ses enfants si elle quitte le foyer.
Ensuite le chantage et le contrôle. L’agresseur utilise souvent l’argent comme outil de manipulation totale (privation de nourriture, confiscation de documents, interdiction de travailler), etc.,
Enfin, la victime fait face à un isolement social et à des coûts juridiques insupportables. Autrement dit, le manque d’argent empêche d’accéder à des consultations juridiques, de payer des frais de transport pour aller porter plainte ou d’accéder à des soins de santé autonomes.

Comment la dépendance économique empêche la femme mauritanienne de fuir la violence ?
La dépendance matérielle ou économique enferme la victime dans un piège complexe, une absence de sécurité et un manque d’autonomie. Par exemple, dans les zones rurales du pays, la rareté des opportunités d’emploi pour les femmes non qualifiées fait que quitter un foyer violent équivaut souvent à une exclusion sociale doublée d’une précarité extrême pour elle et ses enfants. Aussi, les femmes n’ayant pas de revenus propres, ne peuvent pas assumer de manière indépendante les frais liés aux soins médicaux indispensables après une agression, ni supporter les coûts de transport pour rejoindre les structures policières ou juridiques de recours souvent éloignées.
Quels changements concrets observez-vous chez les femmes bénéficiaires du SWEDD en matière d’autonomie, de prise de décision et de capacité à faire face aux situations de vulnérabilité ?
Les changements concrets observés chez les femmes bénéficiaires du SWEDD + en matière d’autonomie, de prise de décision, et de capacité à faire face aux situations de vulnérabilité sont la hausse de l’estime de soi et du leadership. En effet, les femmes acquièrent une plus grande confiance en elles, s’expriment publiquement, s’organisent en coopératives ou groupements. Les jeunes Mauritaniennes qui fréquentent les espaces sur expriment une conscience de leurs droits, rejettent le harcèlement et les violences.
SMD
