À 27 ans, Aminata Sow est présidente de l’Association pour l’éducation et l’intégration des personnes malvoyantes (AEIPM) et membre très engagée du conseil consultatif de la jeunesse de l’UNICEF. Titulaire d’une licence en langue et littérature espagnoles et actuellement en master en relations internationales, cette Mauritanienne malvoyante œuvre depuis plusieurs années en faveur de l’éducation, de l’inclusion et de l’autonomisation des personnes en situation de handicap visuel.
À travers l’Association pour l’éducation et l’intégration des personnes malvoyantes, Aminata Sow s’engage également dans la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) qui touchent les femmes et les filles vivant avec un handicap visuel. L’association agit notamment à travers l’information et la sensibilisation sur les droits des personnes en situation de handicap, l’accompagnement et l’orientation, ainsi que la promotion de leur autonomie et de leur participation à la vie sociale. Des actions qui visent à réduire l’isolement et la dépendance, à renforcer la confiance et permettre aux femmes et aux filles de mieux connaître leurs droits afin de pouvoir faire face au fléau de la violence exercée sur elles.
Car dans cet engagement, les femmes en situation de handicap ne parviennent que rarement à parler des violences qu’elles subissent. « Beaucoup de femmes en situation de handicap gardent le silence parce qu’elles ont peur de ne pas être crues ou d’être jugées », déclare Aminata. La dépendance à l’égard de la personne qui les maltraite, le manque d’information, l’isolement et les difficultés d’accès aux services de protection, la difficulté de preuve avec l’impossibilité de décrire visuellement l’agresseur peuvent également nourrir ce silence. Il est donc essentiel, croit-elle, de briser ce silence en créant des espaces d’écoute où ces femmes peuvent se sentir en confiance et en sécurité.

Aussi, face au regard souvent lourd que la société porte sur les femmes en situation de handicap, Aminata estime que les mentalités doivent évoluer sur la façon de les voir, de les percevoir. « Trop souvent, les femmes en situation de handicap sont réduites à leur handicap, alors qu’elles sont avant tout des femmes avec des rêves, des compétences, des droits et des ambitions », souligne-t-elle, non sans rappeler que ces femmes sont parfois sous-estimées ou ignorées, notamment lorsqu’elles parlent des violences qu’elles subissent.
La présidente de l’AEIPM invite également à une prise de conscience des parents, des familles dans la protection des personnes vivant avec un trouble visuel. Cela passe par un sens de l’écoute et de la considération. « Si elles vous confient une situation de violence, prenez leur parole au sérieux et accompagnez-les sans les juger », insiste-t-elle.
À travers son parcours et son engagement associatif, Aminata Sow défend ainsi une vision dans laquelle les femmes et les filles vivant avec un handicap visuel ne sont pas uniquement perçues comme des personnes vulnérables, mais aussi comme des femmes capables de prendre la parole, de défendre leurs droits et de participer pleinement à la marche de la société.
Entre vulnérabilité et résilience, son engagement rappelle que lutter contre les violences basées sur le genre nécessite un renforcement de l’autonomie, l’accès à l’information et la capacité de chaque femme à être entendue, crue et accompagnée.
Rahma
