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Moustapha Cissé (Sajar Rim) : incarner les corps et toucher les esprits 

Moustapha Cissé alias Sajar Rim est artiste comédien et ingénieur du son. Originaire de Rosso, il est actif dans le milieu artistique depuis 2008. Danseur à ses débuts, il a vite été piqué par le virus du théâtre avant de se concentrer exclusivement sur la comédie. Aujourd’hui, il utilise la scène et l’humour pour interroger les normes sociales. Pour lui, l’artiste doit incarner les corps et toucher les esprits de par son art. Entretien

Comment le théâtre et la comédie permettent-ils d’incarner physiquement des histoires de violences souvent étouffées ?

En tant que comédien mauritanien, monter sur scène chez nous, c’est accepter un rôle particulier. Dans une société où le sutura (la pudeur, la discrétion) est une valeur fondamentale, parler des violences — qu’elles soient domestiques, sociales, morales ou liées à nos tabous et fractures historiques — relève souvent du parcours du combattant. Quand la parole écrite ou parlée se heurte au silence imposé, c’est le corps du comédien qui prend le relais. Le théâtre et la comédie offrent des outils uniques pour incarner physiquement ces histoires étouffées et leur donner une voix.

En quoi le jeu d’acteur aide-t-il le public à développer de l’empathie plutôt que du déni ?

En montrant la vulnérabilité du personnage avant sa chute, le comédien désarme les préjugés du spectateur. On ne peut plus juger avec arrogance quelqu’un dont on vient de partager les hésitations et les blessures pendant une heure.

C’est là tout le pouvoir de la scène chez nous : le jeu d’acteur désarme le jugement moral pour ne laisser place qu’à l’humanité brute. Le déni dit : « Ça n’existe pas » ou « C’est la faute de l’autre » ; le jeu du comédien chuchote au cœur du spectateur : « Regarde, c’est ton frère, c’est ta sœur, c’est toi. »

Comment utilisez-vous votre rôle sur scène pour toucher directement les hommes et les amener à déconstruire leurs propres préjugés ?

Sur scène, j’utilise l’humour, l’autodérision et la vulnérabilité plutôt que la leçon de morale.

En me moquant de mes propres biais et en racontant des situations concrètes, je crée un « effet miroir » : le rire fait baisser les défenses et permet aux hommes de reconnaître leurs propres préjugés sans se sentir attaqués ou jugés. C’est en faisant de la déconstruction un moment de complicité et d’empathie partagée qu’elle devient efficace.

Dialika

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