Est-il possible de restreindre l’accès à l’internet sans nuire aux serveurs vitaux ?

Le contrôle de l’internet est une tactique à laquelle ont recours certains États pour diverses raisons. Mais comment limiter ou couper l’accès à l’internet sans toucher aux services essentiels ? Hamadi Boly, ingénieur des réseaux télécoms, explique que les méthodes utilisées varient à différentes échelles, selon les cibles et les infrastructures.

Peut-on restreindre l’accès à l’internet sans toucher aux services essentiels ? L’ingénieur Hamadi Boly répond par l’affirmatif. Et selon lui, on n’a pas besoin de couper l’internet dans tout le pays. « On peut appliquer juste un filtrage de cible, bloquer les adresses IP, utiliser des routeurs pour bloquer les sites Internet ou utiliser les DNS (noms de domaine) pour les applications », affirme-t-il. Ces solutions « permettent la mise en arrêt temporaire sur des équipements de cœur de réseau ». Ainsi, poursuit M. Boly, seuls certains segments de réseau sont limités, tandis que les banques et les entreprises ou les services gouvernementaux peuvent rester connectés sans avoir d’incidents.
Pour y arriver, différentes technologies sont utilisées. « Il y a les filtrages par IP, les sous-réseaux subnets ou découpage en sous-réseaux, les VLAN pour isoler les groupes d’utilisateurs, les pare-feu, les listes d’accès (ACL)… Nous avons la qualité des services (QoS) pour réduire les débits au lieu de couper totalement l’Internet. C’est-à-dire, on peut diminuer le débit. Les gens peuvent utiliser juste le minimum pour travailler. Il existe également les Deep Packet Inspection (DIP) pour bloquer certaines applications spécifiques ». Ces mesures techniques permettent d’agir, poursuit le spécialiste, sur une zone précise sans impacter les services critiques comme les établissements sanitaires, les services gouvernementaux ou encore les réseaux bancaires qui, eux, utilisent souvent les connexions dédiées, des VPN, des liaisons spécialisées MPLS ou des fibres noires.
D’après Hamadi Boly, l’utilisation de ces technologies n’entame en rien les équipements essentiels, ces derniers étant placés sur le réseau prioritaire, séparés du grand public. Avant de restreindre la connexion, des tests techniques sont réalisés, accompagnés d’une supervision en temps réel qui permet d’ajuster immédiatement en cas de perturbation.
« Les coupures modernes ne sont plus générales, mais ciblées et contrôlées, grâce à des technologies », conclut-il.
Zoulakha