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Comment Pape Kadé Camara transforme la solidarité communautaire en un bouclier contre les inégalités.

Entre engagement citoyen et développement local, le président de l’association « Santé Globale » dédie sa carrière à l’autonomisation des communautés vulnérables de Mauritanie. Rencontre avec un homme pour qui le développement commence au pas de la porte.

L’humain au cœur du soin

Pape Kadé Camara, que ses proches surnomment affectueusement « Papis », ne conçoit pas la citoyenneté sans action. Pour ce Mauritanien convaincu, le développement du pays est une œuvre collective, une partition où chacun doit « jouer sa part de la symphonie ». Son instrument à lui ? Le développement local. Ce consultant en développement est connu pour son courage, sa générosité et son engagement sans faille pour les quartiers dans des situations précaires.

Le déclic de la rue

Tout commence dans les rues poussiéreuses d’El Mina, dans la banlieue sud de Nouakchott. À l’époque, jeune stagiaire chez Caritas Mauritanie, Papis fait chaque matin le même constat amer : celui de femmes se levant à l’aube pour rejoindre le secteur informel et d’enfants livrés à eux-mêmes, errant dans les ordures, loin des bancs de l’école ou des centres d’enseignement coranique. « Qu’est-ce que je pourrais réellement faire pour mon pays ? », se demande-t-il alors. Cette interrogation devient le moteur d’une ambition. Avec quelques amis du quartier, il imagine une structure dont le but de lutter contre la précarité tout en promouvant la santé. En avril 2012, l’association « Santé Globale » voit le jour, un nom adopté en hommage à une organisation canadienne homonyme qui lui a donné sa bénédiction.

Un parcours académique au service du terrain

Ce sens de l’engagement ne sort pas de nulle part. Papis s’est forgé un solide bagage académique, passant par l’Université Gaston Berger avant d’obtenir un master à l’Institut Africain de Développement Local (IADL). Son parcours professionnel, du ministère de l’Économie à la SNDE, lui a offert la rigueur technique, mais c’est le terrain qui a façonné sa vision.

Dès 2013, Santé Globale multiplie les actions : assainissement, collectes de sang mobiles au plus près des habitants, et partenariats internationaux, notamment avec la Fondation espagnole ECCA pour l’éducation citoyenne. Si tout n’a pas été simple — comme l’échec d’une campagne à El Mina en 2014 —, chaque obstacle a permis de réajuster la stratégie pour mieux coller aux réalités locales.

Transformer le potentiel en autonomie

Pour Papis, le véritable changement passe par la « conscientisation ». Il refuse d’attendre que l’État règle chaque détail du quotidien. « La meilleure façon de changer, c’est d’impulser un développement local à travers la communication pour le développement », explique-t-il. Son cheval de bataille ? Aider le citoyen lambda à porter un regard critique sur son environnement et à abandonner les réflexes nomades inadaptés à la vie urbaine.

Mais sa plus grande fierté réside dans la valorisation du potentiel des zones défavorisées. Là où d’autres ne voient que la misère, Papis voit des ressources. Santé Globale accompagne aujourd’hui des femmes dans la création d’Activités Génératrices de Revenus (AGR) collectives et soutient les personnes en situation de handicap. « Notre plus grande victoire, c’est de voir ces femmes devenir autonomes au point de ne plus nous solliciter. »

Des résultats tangibles

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au Brakna, l’expérience des groupements d’épargne et de crédit lancée en 2021 est un succès : sur 40 groupements initiaux, 36 sont toujours actifs et une quinzaine ont acquis une autonomie totale.

Aujourd’hui, après avoir passé le relais puis repris la présidence, Pape Kadé Camara continue de tracer son sillon. Pour lui, la santé d’une nation est globale : elle est économique, sociale et, surtout, humaine.

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