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Athié Seydou Hamady : « La pauvreté figure parmi les principaux facteurs de la déperdition scolaire en Mauritanie. »

Malgré les progrès enregistrés dans l’accès à l’éducation, la Mauritanie reste confrontée au défi de maintenir les élèves dans le système scolaire jusqu’à la fin de leur parcours. Pauvreté, déficit d’infrastructures, inégalités territoriales et difficultés d’apprentissage figurent parmi les principaux facteurs de l’abandon scolaire. Dans cet entretien, Athié Seydou Hamady, conseiller chargé de l’orientation au ministère de l’Éducation nationale et de la Réforme du système d’enseignement, revient sur l’ampleur du phénomène, ses causes et les mesures engagées pour y faire face.

Quelle est l’ampleur de la déperdition scolaire en Mauritanie ? Quels sont les chiffres les plus récents et comment le phénomène a-t-il évolué ces dernières années ?

La déperdition scolaire demeure une préoccupation importante pour le système éducatif mauritanien, malgré les progrès réalisés en matière d’accès à l’école. Selon le rapport d’État du système éducatif national (RESEN), publié en 2024, environ 340 000 enfants âgés de 6 à 15 ans n’étaient scolarisés ni dans le système formel ni dans une école traditionnelle en 2019, soit près de 30 % de cette tranche d’âge.

Le taux d’achèvement du cycle fondamental avoisinait 68 % en 2019. Autrement dit, près d’un enfant sur trois ne parvenait pas à terminer le primaire. La transition vers le collège constitue également un obstacle majeur : environ 63 % des élèves arrivant en fin de cycle fondamental accédaient au premier cycle du secondaire.

Des progrès sont néanmoins enregistrés. La proportion d’écoles offrant un cycle fondamental complet est passée de 30 % à 40 % en dix ans. Toutefois, les difficultés persistent, notamment à la fin du primaire et dans la poursuite des études secondaires. La qualité des apprentissages constitue aussi un sujet d’inquiétude, comme l’illustrent les faibles résultats enregistrés à certains examens.

Quelles sont les principales causes de la déperdition scolaire en Mauritanie ?

Les causes de l’abandon scolaire sont multiples et se renforcent mutuellement. La pauvreté figure parmi les principaux facteurs, car certaines familles rencontrent des difficultés pour financer les fournitures, le transport et les autres dépenses liées à la scolarité.

Le travail des enfants contribue également au phénomène. Certains garçons sont amenés à participer aux activités agricoles, pastorales ou commerciales pour soutenir leurs familles. Chez les filles, les mariages et les grossesses précoces peuvent compromettre la poursuite des études.

Les difficultés liées à l’offre scolaire jouent aussi un rôle important. De nombreuses écoles ne disposent pas de toutes les classes du cycle fondamental, obligeant les élèves à changer d’établissement ou à parcourir de longues distances. L’insuffisance des salles de classe, du mobilier et des équipements, ainsi que l’absentéisme des enseignants et les difficultés d’apprentissage, fragilisent également les parcours scolaires.

À ces facteurs s’ajoutent les effets des sécheresses, des inondations, de la mobilité des populations pastorales et des difficultés administratives rencontrées par certains enfants ne disposant pas d’état civil. La lutte contre la déperdition scolaire exige donc une réponse qui associe l’école, les familles et les autres acteurs concernés.

Quels sont les niveaux scolaires et les catégories d’élèves les plus touchés par l’abandon scolaire ?

La déperdition scolaire se concentre particulièrement à certains moments du parcours éducatif, notamment entre la quatrième et la sixième année du fondamental, puis lors du passage au collège. L’insuffisance des écoles complètes et les difficultés à poursuivre les études dans un établissement de proximité contribuent à ces ruptures.

Le collège et le lycée connaissent également des soucis de maintien des élèves, liés notamment aux contraintes économiques, aux résultats scolaires et à l’attraction du marché du travail informel.

Les enfants issus de familles pauvres, particulièrement en milieu rural, sont parmi les plus exposés. Certaines régions du Sud et de l’Est, notamment le Guidimakha, le Gorgol, l’Assaba, le Hodh El Gharbi et le Hodh El Chargui, présentent des difficultés persistantes en matière de scolarisation et d’achèvement des cycles.

Les garçons peuvent être davantage exposés au décrochage dans le fondamental en raison du travail précoce. Les filles rencontrent, quant à elles, des obstacles spécifiques au secondaire, notamment l’éloignement des établissements, les mariages précoces et les grossesses. Les enfants en situation de handicap, les enfants réfugiés, ceux qui ne disposent pas d’un état civil et les enfants issus de familles nomades nécessitent également des réponses adaptées à leurs situations.

Quelles stratégies et mesures le ministère de l’Éducation nationale met-il en œuvre pour endiguer la déperdition scolaire et maintenir les élèves à l’école ?

Plusieurs mesures ont été engagées pour améliorer l’accès à l’éducation et favoriser le maintien des élèves dans le système scolaire.

La loi d’orientation nᵒ 2022-023 rend l’enseignement obligatoire de 6 à 15 ans et établit une éducation de base de neuf ans, comprenant le fondamental et le collège. Cette réforme vise à garantir aux enfants un parcours éducatif plus long et un socle commun de connaissances.

Le ministère travaille également à l’amélioration de l’offre scolaire à travers la construction de classes supplémentaires, l’équipement des établissements, la distribution de manuels et le renforcement des ressources humaines. Pour la rentrée 2026-2027, une opération de recrutement de 3 852 agents, dont 2 000 enseignants, a été annoncée.

Des dispositifs sociaux complètent ces mesures. Les cantines scolaires contribuent à soutenir les élèves dans les zones vulnérables et à alléger les charges des familles. Les transferts sociaux, notamment dans le cadre du programme Tekavoul, participent également à la réduction des obstacles économiques à la scolarisation.

Par ailleurs, des initiatives visent à améliorer la transition des filles vers le secondaire, à renforcer le suivi pédagogique et à proposer des solutions de réinsertion ou de formation aux jeunes ayant quitté l’école.

Le programme IQRAA, lancé en juin 2026 avec l’appui de la Banque mondiale et du Partenariat mondial pour l’éducation, constitue une autre initiative importante. Doté d’un financement annoncé d’environ 145 millions de dollars, il vise à améliorer la qualité de l’éducation de base, à élargir l’accès au secondaire, particulièrement pour les adolescentes, et à renforcer l’offre scolaire dans les zones accueillant des réfugiés. Il devrait bénéficier à plus de 1,3 million d’élèves.

Quel bilan peut-on faire de ces mesures et quels sont les principaux défis qui restent à relever pour réduire durablement la déperdition scolaire ?

Les efforts engagés ont permis d’améliorer l’accès à l’école, de renforcer le cadre juridique et d’enregistrer des progrès en matière de scolarisation des filles dans certaines régions. Les moyens consacrés à l’éducation ont également augmenté au cours des dernières années.

Cependant, les résultats restent insuffisants. Le taux d’achèvement du cycle fondamental demeure autour des deux tiers, la transition vers le collège reste difficile et les apprentissages fondamentaux constituent un défi majeur. Les inégalités entre les régions persistent, tandis que certaines écoles manquent encore de salles de classe, d’enseignants et d’équipements adaptés.

Pour réduire durablement la déperdition scolaire, plusieurs priorités se dégagent : achever les travaux des écoles, rapprocher les collèges des populations rurales, améliorer la formation des enseignants et renforcer le soutien pédagogique dès les premières années de scolarité.

Il est également nécessaire de mieux accompagner les filles adolescentes, de renforcer les cantines scolaires dans les zones vulnérables et de développer des dispositifs permettant de repérer rapidement les élèves en difficulté. Un suivi plus régulier des absences et des redoublements aiderait à intervenir avant que l’élève ne quitte définitivement l’école.

Enfin, la mobilisation des familles, des associations de parents d’élèves, des leaders religieux et des collectivités locales est essentielle. La lutte contre l’abandon scolaire ne peut reposer uniquement sur le ministère : elle nécessite une action coordonnée sur les facteurs économiques, sociaux et pédagogiques qui fragilisent les parcours éducatifs.

En définitive, l’enjeu pour la Mauritanie est désormais de transformer les progrès réalisés en matière d’accès à l’école en une réussite scolaire durable. Il ne suffit plus de permettre aux enfants de s’inscrire : il faut leur donner les moyens de rester à l’école, d’apprendre et d’achever leur parcours.

SMD

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